L'art de persuader

     Ce texte montre le but ultime poursuivi par Yahvé : la fuite du peuple hébreu hors d’Egypte, conformément à sa promesse devant le buisson ardent. Cette réussite est symbolisée par le nombre dix qui signifie ce qui est complet dans la religion chrétienne. Mais le récit de ces plaies ne vise pas seulement à montrer la réalisation de cet objectif. En effet, il semble que ces dix plaies ont pour but de persuader le lecteur ou l'auditeur de la force de Yahvé et de sa puissance. Plusieurs interprétations sont alors envisageables.

      Premièrement, on peut supposer que ces catastrophes ont pour but d'humilier les Egyptiens et leur religion montrant ainsi que la religion hébraïque est supérieure à toutes les autres.

 La première plaie fut le changement en sang du Nil et de toutes les eaux d’Égypte. Elle déshonora le dieu-Nil Hapi. La mort des poissons du Nil affecta également la religion des Égyptiens, car ceux-ci vénéraient, et même momifiaient, certaines espèces de poissons.

La deuxième plaie discrédita Héqet, la déesse des grenouilles. Les Egyptiens considéraient la grenouille comme un symbole de fécondité et du concept égyptien de la résurrection.      

La troisième plaie fut celle où les prêtres-magiciens s’avouèrent vaincus quand ils ne purent changer la poussière en moustiques au moyen de leur magie. Elle discrédita le dieu Thot, à qui on attribuait l’invention des arts magiques ou occultes.

La ligne de démarcation qui séparait les Égyptiens des adorateurs du vrai Dieu ressortit nettement à partir de la quatrième plaie. Alors que des essaims de taons envahissaient les maisons des Égyptiens, les Israélites, au pays de Goshèn, n’en furent pas affectés. Ni Thot, le maître des arts magiques, ni même Ptah, le créateur de l’univers ne purent s'y opposer.

La plaie suivante fut la peste infligée au bétail, qui humilia des divinités telles que la déesse-vache Hathor, Apis et la déesse-ciel Nout que les Égyptiens concevaient comme une vache au ventre de laquelle étaient attachées les étoiles.

La plaie des furoncles déshonora les dieux et les déesses Thot, Isis et Ptah, censés posséder le pouvoir de guérir.

La septième fut la violente pluie de grêle qui discrédita les dieux à qui on attribuait la maîtrise des éléments naturels, tels Reshpou qu’on croyait capable de maîtriser la foudre et Thot dont on disait qu’il avait pouvoir sur la pluie et sur le tonnerre. 

La plaie des sauterelles infligea une défaite aux dieux censés assurer une récolte abondante, entre autres à Min, dieu de la fécondité qu’on tenait pour un protecteur des cultures.

Parmi les divinités déshonorées par la plaie des ténèbres, il y avait les dieux solaires Râ et Horus, ainsi que Thot, le dieu de la lune, qu’on croyait être l’ordonnateur du soleil, de la lune et des étoiles .

La mort des premiers-nés fut la dixième. Ce qui a dû placer la famille du pharaon ainsi que les prêtres égyptiens au comble de l’humiliation. En effet, les souverains d’Égypte se vantaient d’être des dieux, les fils de Râ ou Amôn-Râ. On prétendait que Râ ou Amôn-Râ avait des rapports sexuels avec la reine. Le fils qui naissait était donc considéré comme un dieu incarné et était consacré à Râ ou Amôn-Râ dans son temple. Dès lors, la mort du premier-né de Pharaon constitua en quelque sorte la mort d’un dieu. 

      Puis, on persuade le lecteur de la force de Yahvé sur tout par une progression de sa puissance et l'extension progressive de son pouvoir.

Les neuf premières plaies s’inscrivent dans la suite logique des signes donnés à Moïse avant l’épisode des plaies : Moïse, qui a peur de n’être pas reconnu par le peuple comme le prophète de Yahvé, reçoit le pouvoir des signes. Le bâton se change en serpent, l’eau devient sang. Ce sont déjà les démonstrations de puissance qui annoncent la violence de fléaux suivants ainsi que la mort. Mais une de leur fonction est d’accréditer Moïse devant le peuple, comme les neuf premières plaies auront pour rôle d’accréditer Moïse et son Dieu auprès de Pharaon. Alors que la mort des premiers-nés est destinée à accréditer Yahvé lui-même, directement, puisqu’il agit seul : Yahvé veut montrer à Pharaon son pouvoir de vie ou de mort, et surtout son pouvoir d’élection, ce qui était déjà sous-entendu lorsque le pays de Goshèn était épargné par les fléaux précédents.

Il semble qu'un des objectifs du récit des plaies soit donc d'accréditer la force de Yahvé. Leur déroulement chronologique montre que Yahvé a le pouvoir sur tout. Les plaies touchent tout d’abord la nature inanimée (première plaie avec le sang), puis elles mettent en scène les petits animaux qui sont plus ou moins nuisibles (plaies 2 et 4) mais dont les ravages ne sont pas mortels. Le bétail et les hommes sont ensuite atteints (plaies 5 et 6). Puis la grêle fait des morts et détruit une partie des ressources naturelles (plaie 7), les sauterelles anéantissent toutes les récoltes de l’Egypte (plaie 8). Enfin, il y a les ténèbres qui semblent être un retour au chaos originel. C'est donc bien une progression du pouvoir de Yahvé.

      De plus, pour persuader le lecteur de la puissance divine, La Bible fait appel aux sentiments de ce dernier car l'histoire des personnages suscite son émotion.

En effet, quand Moïse vint au monde, c'est le père de Ramsès II qui dirige l'Egypte. Celui ci a ordonné à son armée de tuer tous les nouveaux nés hébreux car ces derniers deviennent trop nombreux. Moïse échappe à cette véritable tuerie car sa mère le dépose dans un panier sur le Nil. L'enfant, transporté par les eaux du fleuve, atteint le palais de Pharaon et est recueilli par l'épouse de ce dernier qui l'élève comme son propre fils. Devenu adulte, Moïse est appelé par Yavhé pour libérer le peuple hébreu des Egyptiens. Moïse, qui n'a jamais été esclave, doit alors convaincre son peuple qu'il va les libérer de l'esclavage avec l'aide de leur dieu Yahvé. 

Le fait que Moïse ait été sauvé lorsque Pharaon ordonna la mort de tous les enfants hébreux, renvoit certainement à la dixième plaie. C'est en quelque sorte un retour à cet épisode tragique de l'histoire du peuple hébreu.

  Quant à Pharaon, il s'obstine à garder prisonier les hébreux par orgueil mais surtout parce que si ces derniers partent, il n'aura plus d'esclaves. La Bible montre alors la cruauté de Pharaon.

 Pourtant on peut penser que Pharaon n'est pas le responsable direct car il a perdu une part de son humanité.

 

 

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